Peuls

Publié le 13 Novembre 2009

« La documentation étant à la portée du premier venu, l’écrivain est libre de s’en servir si cela lui plaît. Elle ne présente aucun intérêt en elle-même, et ne vaut que par l’interprétation qu’on lui donne. Tout roman, si « objectif » soit-il en apparence, est le portrait de son auteur, et n’obéit qu’aux lois de l’univers intérieur de l’écrivain. » - Zoé Oldenbourg


Nous voilà prévenu et pas déçu, cette histoire du peuple peul nous sera librement racontée par Tierno Monénembo. Non pas par l’énumération des faits historiques, la longue liste des références portent à croire à leur fiabilité, reste le deuxième effet kisscool, le conte et le conteur.



Un, semble-t-il, jeune peul, ignoble berger, implore le conteur, un noble Sérère de la lui raconter cette légendaire épopée, « …maudite engeance ! Tu ne nous as plus quittés. Tu n’as plus arrêté de souiller nos rivières, de dévaster nos champs ; de hanter nos villages et nos nuits. Sans rien demander, tu as planté ta hutte et démoli le paysage. Il était déjà trop tard quand on a ouvert les yeux. De passant, tu étais devenu voisin puis convive puis gendre puis pur autochtone. Tout cela, en un clin d’œil.

Ah, malheur ! ».

Apparemment, les aime pas trop les peuls le conteur.


Mais tout est bien car comment imaginer aborder l’histoire d’un peuple d’Afrique autrement que l’attention rivée aux paroles d’un homme qui manie le sarcasme aussi bien que sa mémoire est précise.


Le peuple Peul, celui de l’expansion, de la conquête, « Comment, diable, es-tu monté de l’état de chien errant à celui de bâtisseur d’empires… », prend racine dans la vallée du fleuve Sénégal pour s’étendre dans tout l’Afrique de l’Ouest.

 Leurs rites et coutumes sous l’influence de Guéno, le Dieu, sont régis par le polâkou l’éthique peule jusqu’à l’avènement de l’Islam.


La première partie s’attache à la famille, berceau des hommes volontaires à façonner un pays à leur peuple.

Puis vint la révélation de l’Islam qui contribuera à élargir encore sa domination jusqu’à l’arrivée des blancs et leur persévérante conquête pour enfin aboutir à la Guinée française.

 

La construction originale du livre avec ce narrateur rebelle dont on est sûr que de condescendance il n’y aura, le style particulier de l’auteur tout en vivacité dont les méandres des nécessités historiques nous font perdre le fil souvent, l’intérêt du sujet, tout nous amène au dépaysement, au récit d’aventures, d’hommes qui se sont évertués à construire un pays. Même si on se perd parfois dans les noms, les retours au passé, les exodes successifs, le charme ressenti s’en nourrit et opère jusqu’à l’arrivée de l’homme blanc qui parle le français et sur lequel le livre s’achève.


Très bon choix de lecture.


Et non, je n’ai pas encore lu Amadou Hampâté Bâ

Et oui, je compte bien y remédier.
Par contre, déjà lu le très bon "Roi de Kahel" (ici)

« Peuls », Tierno Monénembo, Roman, France 2004, Points 2009, «««««

 

Rédigé par lechemindeparlà

Publié dans #les livres de par là

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Zorg 13/11/2009 21:55


Histoire dans remettre une couche ...
- Amkoulel l'enfant Peul 
- Oui mon Capitaine
- L'étrange destin de Wangrin.
D'Amadou Hampaté Bâ.

Incontournable !

Je crois même les avoirs offert à l'auteur de cette remarquable chronique, il y a quelques années. Oui oui des années ... ! Par délicatesse je ne dirai pas combien. D’y remédier, il serait
effectivement temps !

Biz, bravo pour la chron.



lechemindeparlà 14/11/2009 10:26


... oui oui, remédier!