Publié le 30 Janvier 2010

On ne va pas se voiler la face, pas encore, y a des hauts et des bas, ça dépend des jours.
Un seul être, dans les fonds abyssaux du moral, peut stimuler les zigomatiques d'un visage victime d'une overdose de botox, Fabrice Éboué. Rien ne l'arrête, se moque de tout, turait pour un bon mot même avec les dents et avec talent.
Je ne l'ai pas encore vu sur scène mais je guette.

Voir les commentaires

Rédigé par deparlà

Publié dans #sous le sabot d'un cheval

Repost 0

Publié le 28 Janvier 2010

« Les fenêtres étaient closes. L’immeuble, plutôt imposant, se composait de six étages desservis par quatre cages d’escalier. Il était vétuste. Les rambardes métalliques des balconshttp://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/2/3/7/9782864246732.jpg étaient rouillées. La peinture, délavée, s’écaillait çà et là à la surface du ciment. De l’endroit où se tenait Erlendur, on distinguait deux baies vitrées de salle à manger fendues sur toute leur longueur, donnant chacune sur un appartement. Nul n’avait jugé bon de les remplacer. »

À la suite de "la voix"et " l’homme du lac ", je n’ai pas pu résister à « Hiver Arctique » version broché, dernière publication d’Arnaldur Indridason en français, complètement accro à l’atmosphère glaciale et névrosée de ses livres. L’occasion de me shooter encore un peu à ces islandais dont le commissaire Erlendur et les inspecteurs Elinborg et Sigurdur Oli était trop forte.

 

Un jeune garçon, donc, d’une dizaine d’années est retrouvé mort au pied d’un ensemble d’immeubles aux façades pas toutes fraîches, un jeune asiatique, poignardé.

 

« Il (Erlendur, bien sûr !) avait déjà été confronté à une situation semblable dans une famille paralysée par la douleur après un drame incompréhensible et insoutenable. Il reconnaissait le déni et la colère. L’évènement était tellement écrasant qu’il était impossible de le regarder en face et que l’esprit cherchait à y échapper par toutes les issues afin d’atténuer la souffrance. Comme s’il était encore possible de préserver quoi que ce soit. »

 

http://www.citybreaksblog.com/wp-content/uploads/2009/01/reykjavik.jpgIl existe donc des mots pour exprimer l’invivable, une particularité d’Indridason lequel ne connait pas l’autruche et sa politique, c’est de la 2D, à plat, noir sur blanc et cash sans pour autant en rajouter. Il construit ses personnages comme ses énigmes, sans rien laisser au hasard, tout est fouillé et explicable, et nous ménage les révélations tout au long de ses romans.

Ici encore la société islandaise ainsi que les dérives de la nature humaine sont exhibées. Le sordide affleure.

La particularité de ce dernier roman repose sur plusieurs intrigues qui se mêlent renouvelant une construction redondante, inévitable sûrement quand il s’agit de suivre de livre en livre des personnages récurrents dans une même contrée.

 

Encore un très bon spécimen, il me reste à attendre le prochain maintenant.


"Hiver arctique", Arnaldur Indridason, Métailié 2009, titre original "Vetrarborgin", 2005, «««««

 

 

 

Voir les commentaires

Rédigé par lechemindeparlà

Publié dans #les livres de par là

Repost 0

Publié le 26 Janvier 2010

un poème, de l'humour, de la délicatesse :
SEMPE-2-.jpg 
un dessin de Sempé!

Voir les commentaires

Rédigé par lechemindeparlà

Publié dans #sous le sabot d'un cheval

Repost 0

Publié le 23 Janvier 2010

Suite à l’évènement sismique de juin 2000, la surface du lac Kleifarvatn, en Islande, est descendue de 4 mètres, les rives ont gagné du terrain de façon surprenante et un squelettehttp://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/7/7/8/9782757812877.jpg relié à un appareil d’écoute soviétique par une corde est découvert avec un trou dans le crâne. La mort, autant dire le meurtre, remonte à environ quarante ans, fin des années soixante, pleine époque de la guerre froide, du mur de Berlin et de son autre côté.

L’enquête plonge le commissaire Erlendur dans un de ses thèmes de prédilections qui remplit par le nombre de livres le petit appartement qu’il occupe, celui des disparitions. En effet, son enfance, sa vie, fut frappée par un traumatisme lié à la disparition de son jeune frère. Erlendur, comme à son habitude, s’évertue à ne négliger aucun détail et s’attache à lever le voile sur tous les mystères se présentant à son équipe, autant que faire se peut.

 

Nous voilà donc 40 ans en arrière à la suite d’un jeune boursier islandais parti étudier avec la ferveur d’un apparatchik révolutionnaire à Leipzig en Allemagne. La vision idéaliste d’un état socialiste va devoir, par la force des choses, évoluer. L’étudiant, de retour en Islande après son expulsion, ne se remettra jamais de ce qu’il a vécu de l’autre côté du mur.  

 

Nous suivons encore ici, petit à petit, le chemin des protagonistes récurrents chez Arnaldur Indridason. Les choses évoluent, semblent se décanter pour les uns, s’engluer de nouveau pour les autres sans pour autant se départir des valeurs professionnelles de chacun. L’auteur continue de nous raconter l’Islande sans complaisance, on est loin de l’ombre d’une esquisse publicitaire touristique, et crée une atmosphère particulière autour de chacune des enquêtes qu’il manie, selon moi, avec brio. Me voilà ferrée à cet auteur même si je sais que l’effroi peut surgir au détour d’un de ses livres (« la femme en vert »). Ce n’est pas le cas ici avec « L’homme du lac », ouf !


"L'homme du lac", Arnaldur Indridason, titre original "Kleifarvatn" 2004, Prix du polar européen du Point 2008, «««««

Voir les commentaires

Rédigé par lechemindeparlà

Publié dans #les livres de par là

Repost 0

Publié le 20 Janvier 2010

http://idata.over-blog.com/0/10/64/33/images2/-l-ganceh-risson.gif

A la question quels livres emporteriez-vous sur une île déserte, David Lodge répondait : 

« Forcément «Ulysse» de Joyce, l'un de mes livres préférés, sur lequel j'ai souvent fait cours. Sur une île déserte, il est crucial d'emporter des livres qu'on peut relire sans fin. C'est le cas de Joyce, et aussi de Jane Austen qui, pour un Anglais, offre un plaisir de lecture inépuisable. J'allais mentionner Dickens, mais il existe une nouvelle de Evelyn Waugh («l'Homme qui aimait Dickens») où le héros est séquestré dans la jungle par un fou qui l'oblige sous la menace à lui relire perpétuellement les œuvres de Dickens! Emporter Dickens sur une île déserte risquerait donc d'apparaître comme un châtiment ou une torture. Je choisirais alors plutôt un roman d'Evelyn Waugh, «Ces corps vils». On peut le relire indéfiniment, et éclater de rire chaque fois aux mêmes passages. »

C’est plutôt bien vu, pas dénué de sens et drôle, non ?

 

Jusqu’à présent je répondais à la question (même si mon style, mon argumentation, mon humour sont moins pertinents et de sens moins pratique que David Lodge) par « le monde selon Garp » de John Irving parce que, avec ce livre, j’ai découvert la littérature contemporaine, celle où apparemment tout était permis, le brio, le talent et l’imagination au service de la liberté du récit. Maintenant je lui préfère « L’élégance du Hérisson » de Muriel Barbery.


Le livre intelligent sur l’intelligence, celle de tout le monde qui doit occuper son quotidien pour subsister et ne pas sombrer dans la folie, celle des gens que l’on aime à doter d’un cerveau de mouton pour le fondre dans le troupeau et en parler comme d’un numéro afin de nier l’autre et montrer que soi, contrairement aux nombres, on existe.


Mais l’intelligence n’est pas un but en soi, c’est l’outil pour s’ouvrir à l’Art, et  pour rester dans la masse, ne pas fustiger l’attention, la jalousie, les conséquences et avoir la paix il faut se cacher de lire Tolstoï ou Kant, d’écouter Mozart ou Sati, d’aimer les natures mortes de Pieter Claez ou de Willem Kalf, quoi de mieux alors qu’une loge de concierge, sa panoplie et son labeur pour y parvenir. Renée s’y emploie depuis presque 30 dans un immeuble cossu, rempli de gens cossus à des lustres de connaître le wabi. L’intelligence n’est pourtant pas le moyen pour Renée de s’ouvrir aux autres, son acuité lui octroie une lucidité sans compromis qui la conforte dans son repli.

Parallèlement à cette quête du beau, de l’Art, de l’invisibilité aux autres, il y a Paloma, une jeune fille de 12 ans très précoce comme on dit des surdoués, et qui se cache aussi. Elle a décidé de renoncer à vivre  dans le bocal des conventions, convenances, de ce qu’il-faut-faire-et-vivre-pour-y-arriver, à suivre le schéma inéluctable et tout tracé que lui réserve son destin. Elle a donc décidé de se suicider le jour anniversaire de ses 13 ans. Pour ne pas vivre ses derniers jours dans l’expectative de cette fin, elle remplit un premier journal de pensées profondes  inspiré des rencontres du jour, des situations familiales et de voisinages, des expériences d’un quotidien dans lequel elle décide de puiser les réflexions sur un monde immuable et sans épanouissement. Puis un deuxième sur les mouvements du monde qui, pour ne pas se laisser abattre, rend compte de ces moments volés à l’imperceptible et l’anodin et se révèlent sous un jour plus extraordinaire.


Dans la vie sans promesse de Paloma et sans attente de Renée vient s’insinuer d’autres personnages, des découvertes précieuses que réserve parfois la vie pour qui sait voir pour qui sait lever le nez de la pointe hypnotisante de ses chaussures.


Non, finalement, ce n’est pas un livre sur l’intelligence, plutôt un livre intelligent sur le monde sans concession dans lequel nous passons, sur une vision lucide de ce monde.


A me lire on pourrait croire que "L’élégance du hérisson" est un livre ennuyeux à mourir, à établir la check List des illustres que l’on devrait connaître et que l’on ne connaît pas, de théories de haute volée et rebelles voire révolutionnaires qui clouent le bec à toute autre argumentation faute de matière, comme un discours à la Besancenot, mais non, pas du tout. Ce livre est extrêmement drôle, très juste et très drôle. Une vision lucide et lugubre certes de notre société mais qui a foi, sans vouloir l’avouer, comme nous cherchons à cacher nos faiblesses, à l’humain, sa bienveillance à nous voir. Un précieux de mots, un français peu lu, peu vu, du miel pour nous les abeilles.

« L’élégance du hérisson », Muriel Barbery, Roman, Folio «««««

Voir les commentaires

Rédigé par lechemindeparlà

Publié dans #les livres de par là

Repost 0