Publié le 28 Novembre 2009

                                                                                 
  

   
   

   


                            




Les BD, c’est comme les sucreries : aussitôt englouti aussitôt oublié, pis on reste sur sa faim, pire ça nous aurait plutôt ouvert l’appétit, comme une cuillérée de Nutella sans le pot pour tout dire.


Mais il y a les séries et là on peut savourer la cuillère avec le pot sur les genoux.

 


En l’occurrence et pour ce qui m’amène à chroniquer aujourd’hui, il s’agit de l’association de deux auteurs Loisel et Tripp (dont je ne connaissais rien) qui ne se sont pas partagés le travail (l’un au scénare, l’autre au crayon), ben non, mais complétés dans l’entreprise, tout ça nous est bien détaillé dans le préambule de chacun des 5 tomes parus, une synergie de talent en quelque sorte.

 

Cette série a de remarquable qu’elle s’attache aux personnages plutôt qu’à l’histoire. Celle-ci est simple, épuré voire commune à tout un chacun, ou pourrait l’être, un véritable terreau fertile sur lequel peuvent évoluer toutes sortes de personnalités.


Elle tourne à une chronique de gens ordinaires dans les années 20 au Québec, dans une petite bourgade, hameau, bled au choix, au nom de « Notre-Dame-des-Lacs ». Les maisons des différentes familles Ouellette, Roberge, Massicotte, entre autre, sont éparses mais assez nombreuses pour y voir un clocher et l’épicerie, le fameux magasin général.

 

Celui qui raconte c’est Félix, c’est lui qui tient le magasin mais bon il meure là, tout au début du tome 1, et qui laisse à sa femme « Marie » (l’intitulé du 1er) la lourde tache d’assumer la boutique. Pis les petits à côté et autres servitudes propres aux bourgades isolées. Mais Marie c’est une sainte (ben vi), incapable de dire non, n’y pense même pas, s’exécute le cœur sur la main, avec bizarrement que deux bras. C’est Gaëtan, aux capacités pas toutes rassemblées, qui offrira sa gentillesse et son sérieux en plus de deux autres bras.

 

Dans le deuxième, un « survenant », le « Serge », celui-là qui a fait la guerre de 14 et parle comme à Paris, trouve refuge au magasin, dans la vie de Marie, celle des « eux-autres », en pleine période hivernale, des travaux dans les bois pour les hommes capables en muscle et à endurer partis du village bucheronner pour ces mois d’hiver.

Le troisième, « Les hommes », raconte le retour des besogneux, la confrontation avec l’intrus qui a chamboulé les usages et les manières, ça chauffe.

Suivent ensuite « Les confessions » et « Montréal », tout aussi attachants que les premiers.

 

Voilà en bref pour le fond.

 

La forme relève du beau, de Jeunet, de l’émotion, du talent à les retranscrire. La qualité de l’image, des dessins ne sont pas sans rappeler certains éclairages cinématographiques travaillés aux filtres multiples pour aboutir à une couleur qui transcende l’émotion.

Tout s’imprègne de délicatesse et de tendresse dans une région au climat rude, une période laborieuse et chiche, des personnages à priori rustres.


Pourtant le ton reste léger et drôle, et quand les « ben épais » s’y mettent aucun fils blancs, aucun tirage par les cheveux, la providence (les auteurs) ne tire pas un lapin de son chapeau, les évènements s’emboitent en douceur tout comme s’enchainent les albums les uns après les autres.

 


C’est bon enfant, émouvant, drôle, attachant, magnifiquement réalisé et ça fait pas grossir (rapport au pot de ‘tella là presque vide déjà sur mes genoux), elle est pas belle la vie ?

Tome 1 : "Marie"
Tome 2 : "Serge"
Tome 3 : "Les hommes"
Tome 4 : "Confessions"
Tome 5 : "Montréal"
Tome 6, à paraître

"Magasin général », Régis Loisel & Jean-Louis Tripp, Casterman, Tome 1 à 5 sur 6 (2006-2009),«««««

 

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Rédigé par lechemindeparlà

Publié dans #des bulles

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Publié le 24 Novembre 2009

Je suis en train de dévorer un livre formidable !

 

 

Depuis « le monde selon Garp » et John Irving il y a des lustres je n’avais pas retrouvé une telle surprise livresque !

Car il s’agit d’une histoire, une vraie, enfin peut-être pas une histoire-vraie, tout à fait vrai même si une facette autobiographique est mentionnée par l’éditeur, ça paraît incroyable.

 

Une histoire donc, écrite avec talent et ironie, sans condescendance ni fausse pudeur, au style travaillé et foisonnant, minutieux dans les détails, l’ardeur à nous compter les personnages n’a d’égal que celle d’entretenir notre amusement surtout dans la première partie du livre. Le ton de la deuxième partie est plus grave sans perdre cependant l’engouement du début, un coup de maître.

 

Au début des années 50, Yale était la Terre promise des psychologues. Le docteur William T. Friedrich (Will), le torse bombé, vient d’y être chargé de cours. Mais dans ce monde impitoyable l’usage et les bonnes mœurs se satisfont de ne voir, jusqu’au bout du campus, dépasser ne serait-ce une tête. Il est difficile alors, au sein de la crème intellectuelle du pays et une fois la joie de l’avènement du poste dissipé, de se faire un nom et d’y arriver. « Y » relève de plusieurs fantasmes sous couvert d’une pugnace ambition. Ceux du professeur Friedrich, en cette période laborieuse d’après guerre, relèvent de la grande maison, d’un solde bancaire largement au dessus des dépenses domestiques et ainsi d’apporter bonheur et prospérité à son épouse Nora et ses enfants, Fiona, Lucy, Willy et Jack, puis Zach.

 

« Les rêves de grandeur du docteur remontaient à l’époque de ses neuf ans, où il se glissait dans le cellier avec Homer, quand leur mère obligeait celui-ci à y coucher pour le punir, l’été, s’il avait fait pipi au lit. (L’hiver, elle n’avait pas cette cruauté.) Dans la pénombre fraîche, sur la terre battue qui sentait les navets et les patates, Will endormait Homer en lui racontant toutes les prouesses qu’ils réaliseraient quand ils seraient grands. Il déployait sur ses genoux un atlas élimé, acheté à l’Exposition universelle de Saint Louis, en 1903, et parcourait du doigt des cartes qui portaient inscrit, au cœur des continents, le mot « inexploré ». « Quand on aura découvert la plus haute montagne du monde, confiait-il à son frère, le président Calvin Coolidge en personne nous décernera une médaille, avec de l’argent pour construire une fusée comme celle de Buck Rogers, mais la nôtre elle sera mieux, parce que ce sera une vraie. Et moi, enfin, nous, on ira … »

En 1952, les quinze centimètres qui séparent nos oreilles constituaient le territoire le plus vierge de la planète. Et, pour la plupart des gens, la chimie des émotions relevait aussi peu des sciences exactes que la Kryptonite de Superman. »

 

Dans ce monde, donc, où rien n’est facile, il est encore plus remarquable de sortir du lot lorsqu’on est une femme telle le Docteur Bunny Wintton, même si elle est pourvue, elle, d’une fortune confortable, ses fantasmes recouvrant plus le visage de la gloire et de la renommée.

Friedrich et Wintton s’associent alors sur un projet de recherche, le GKD, pilule qui garantira enfin joie et bonheur à une population morose. Les premiers essais sont concluants, les tests sur l’homme vont incorporer dans le panel Casper Padrak, adolescent surdoué à l’affecte perturbé et au comportement psychotique. Mais l’alchimie GKD-Casper va mal tourner, les répercutions marqueront au fer la famille du professeur Friedrich pour qui il n’est plus question de gloire mais de recoller les morceaux.

 

Je n’en dévoilerais pas plus, et, si cet exposé paraît, disons, convenu ( ?) il ne faut pas s’y fier.


C’est le-li-vre de cette année 2009 (enfin !) !!!!


qui bizarrement ne jouit d’aucun écho ou presque (j’ai dû lire un article dans le magasine Lire de cet été, plus un article ditirambique dans Télérama) dans les médias dévolus au marché littéraire. Mais no souçaille, d’ici à quelques mois « Le remède et le poison » devrait culminer en tête des top-listes de ventes le temps d’amorcer le bouche à oreille.

 

Extraits :

 

« Ma mère avait beau tenter de le distraire de ces idées noires par sa présence et par leur travail, il n’avait pas son pareil pour ramener la conversation, le soir à table en particulier, sur le catastrophes et la prévention des catastrophes. Quand Willy s’étranglait sur un trop gros morceau de steak, nous avions droit à un cours de trachéotomie. Je le revois guidant mes doigts sur sa propre gorge pour me faire sentir les os de la trachée qu’il nous faudrait trancher avec un couteau à steak, sans toucher la jugulaire, ce qui risquait de saigner le sujet à blanc même si on avait une aiguille et de catgut à portée de main. Au restaurant de la vie, la carte des désastres hypothétiques était longue et variée.  Une caresse au lapin apprivoisé d’un voisin, et la tularémie nous guettaient ; manger du thon sorti d’une boîte de conserve tant soit peu bosselée était suicidaire : gare au botulisme ! S’il avait existé une palme du scénario-catastrophe, nous l’aurions remportée haut la main. …/…

Willy était intimement persuadé que notre père nous mettait en garde contre tout et le reste pour n’avoir rien à se reprocher si l’un d’entre nous mourait en leur absence. »

 

… je bénis mon manque d’imagination qui, pourtant, semblait déjà relever d’un film catastrophe à haut budget, sont forts ces américains !

 

« Il n’y avait pas eu de guérisons miraculeuses. Les remèdes miracles pour le psychisme étaient des phénomènes de mode, comme la longueur des jupes et la largeur des cravates. Avec le temps, ces remèdes étaient jugés aussi ringards qu’une tendance dépassée. »

 

… quoi de mieux qu’un bon livre pour oublier l'industrie pharmaceutique ?

"Le remède et le poison", Dirk Wittenborn, Seuil, 2009, «««««

 

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Rédigé par lechemindeparlà

Publié dans #les livres de par là

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Publié le 17 Novembre 2009

Dans la famille Higelin ...

je connaissais donc le père, Jacques, tombé du ciel (une chanson du regretté Jacno)

puis le fils, Arthur H, qui danse avec Madonna

voici la fille, Izia, qui sort son premier album "Izia" avec lequel "bien qu'elle chante «Let me alone» ne demande qu'à hurler son bonheur de chanter en soulevant les foules".
ça c'est sûr, elle chante très fort.


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Rédigé par lechemindeparlà

Publié dans #sous le sabot d'un cheval

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Publié le 15 Novembre 2009

Tiens, un nouveau Anna Gavalda !

 

Après son inconsolable « La consolante », peut-être va-t-on redevenir copines ?

« L’Échappée belle est parue hors commerce chez France Loisirs en 2001… voici la version revue et corrigée par l’auteur. »

Semble mal barré, la réconciliation avec du neuf fait avec du vieux.

M’enfin.

 

… pis, ce n’est pas vraiment un roman, plus une nouvelle, un peu longue mais une nouvelle (même si c’est du vieux !), mais ça n’a aucune importance, du vieux, un roman, France Loisir, du moment qu’Anna a retrouvé le chemin des histoires qui nous ont tant plu,

m‘fin, sauf « La consolante ».

 

C’est Garance qui raconte.

Elle est dans une voiture, avec son frère Simon et sa belle-sœur Carine, ils sont en route pour le mariage d’une cousine.

Elle en prend pour son grade la Carine, sa famille, les remords, l’enfance, les souvenirs, aussi.

En route, ils récupèrent Lola la sœur. Il en manque encore un, Vincent, qui ne viendra pas et là c’est l’effet spécial de l’histoire venu tout droit d’Hollywood : on s’en fout du mariage ! ils décident de faire le mariage-buissonnière et partent retrouver le maillon manquant.

 

Les retrouvailles, tous ensembles, ne manquent pas de nous renvoyer à grands coups de pompes dans le tibia au titre « ensemble, c’est tout » tant la douce plénitude de se retrouver les uns les autres sans aucun autre parasite alentour s’imprègne en chacun comme un goût de madeleine, un moment devenu rare avec la vie qui avance, peut-être bien l’ultime rappel d’une enfance sans solitude.

 

Voilà, les personnages sont attachants, ancrés dans la vie, ses espoirs du début, la désillusion du milieu avant de pouvoir en faire un petit quelque chose tout de même, peut-être.

Du Gavalda quoi.

 

Des infos sur son prochain roman ?

"L’échappée belle", Anna Gavalda, Éditions La dilettante, 2009,«««««

 

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Rédigé par lechemindeparlà

Publié dans #les livres de par là

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Publié le 13 Novembre 2009

« La documentation étant à la portée du premier venu, l’écrivain est libre de s’en servir si cela lui plaît. Elle ne présente aucun intérêt en elle-même, et ne vaut que par l’interprétation qu’on lui donne. Tout roman, si « objectif » soit-il en apparence, est le portrait de son auteur, et n’obéit qu’aux lois de l’univers intérieur de l’écrivain. » - Zoé Oldenbourg


Nous voilà prévenu et pas déçu, cette histoire du peuple peul nous sera librement racontée par Tierno Monénembo. Non pas par l’énumération des faits historiques, la longue liste des références portent à croire à leur fiabilité, reste le deuxième effet kisscool, le conte et le conteur.



Un, semble-t-il, jeune peul, ignoble berger, implore le conteur, un noble Sérère de la lui raconter cette légendaire épopée, « …maudite engeance ! Tu ne nous as plus quittés. Tu n’as plus arrêté de souiller nos rivières, de dévaster nos champs ; de hanter nos villages et nos nuits. Sans rien demander, tu as planté ta hutte et démoli le paysage. Il était déjà trop tard quand on a ouvert les yeux. De passant, tu étais devenu voisin puis convive puis gendre puis pur autochtone. Tout cela, en un clin d’œil.

Ah, malheur ! ».

Apparemment, les aime pas trop les peuls le conteur.


Mais tout est bien car comment imaginer aborder l’histoire d’un peuple d’Afrique autrement que l’attention rivée aux paroles d’un homme qui manie le sarcasme aussi bien que sa mémoire est précise.


Le peuple Peul, celui de l’expansion, de la conquête, « Comment, diable, es-tu monté de l’état de chien errant à celui de bâtisseur d’empires… », prend racine dans la vallée du fleuve Sénégal pour s’étendre dans tout l’Afrique de l’Ouest.

 Leurs rites et coutumes sous l’influence de Guéno, le Dieu, sont régis par le polâkou l’éthique peule jusqu’à l’avènement de l’Islam.


La première partie s’attache à la famille, berceau des hommes volontaires à façonner un pays à leur peuple.

Puis vint la révélation de l’Islam qui contribuera à élargir encore sa domination jusqu’à l’arrivée des blancs et leur persévérante conquête pour enfin aboutir à la Guinée française.

 

La construction originale du livre avec ce narrateur rebelle dont on est sûr que de condescendance il n’y aura, le style particulier de l’auteur tout en vivacité dont les méandres des nécessités historiques nous font perdre le fil souvent, l’intérêt du sujet, tout nous amène au dépaysement, au récit d’aventures, d’hommes qui se sont évertués à construire un pays. Même si on se perd parfois dans les noms, les retours au passé, les exodes successifs, le charme ressenti s’en nourrit et opère jusqu’à l’arrivée de l’homme blanc qui parle le français et sur lequel le livre s’achève.


Très bon choix de lecture.


Et non, je n’ai pas encore lu Amadou Hampâté Bâ

Et oui, je compte bien y remédier.
Par contre, déjà lu le très bon "Roi de Kahel" (ici)

« Peuls », Tierno Monénembo, Roman, France 2004, Points 2009, «««««

 

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Rédigé par lechemindeparlà

Publié dans #les livres de par là

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