Résultat pour “Tierno Monénembo”

Publié le 10 Février 2009

C'est d'Olivier de Sanderval dont il s'agit, un homme hors du commun avec une haute opinion de son pays, de son devoir, de sa passion qui s'est nourri tout jeune des récits de pionnier, un français aventurier altruiste et ambitieux, un inconnu jusqu'à Monénembo qui, avec ce livre, exhume sa mémoire de l'oubli, nous rappelle le Fouta-Djalon en Guinée, les Peuls, la colonisation.


Depuis tout jeune, influencé par un grand oncle qui lui racontait «les savoureuses aventures des pionniers de la civilisation égarés chez les anthropophages» et par les récits de voyage au Niger de René Caillé, Aimé Olivier de Sanderval n'a qu'un rêve : un royaume au Fouta-Djalon, parce que le nom lui plait, parce que la France y est absente, parce que la construction d'un chemin de fer qui traverserait la Guinée jusqu'au Soudan lui tient à cœur, parce qu'il veut devenir roi et qu'il ne doute de rien, ça on le comprend bien au fil des pages.


Né dans une grande famille d'industriels de Lyon, lui-même ingénieur sorti de l'École centrale de Paris, maire de sa ville et sportif accompli (il a escaladé le mont Blanc), inventeur de la roue à moyeux suspendus et créateur de la première usine de bicyclettes à Paris, Aimé Olivier Victor  (qui fut par la suite nommé vicomte de Sanderval par la cour du Portugal) avait tout pour mener une vie paisible en compagnie de sa femme et de ses deux enfants. Son devoir de fils  accompli il revient à ses premiers rêves et embarque en 1879 sur un bateau à Marseille direction le Fouta-Djalon.
Il fera en tout 5 voyages en Afrique, sans quinine ni Baygon, sans 4X4 ni Gps, affrontera mille maladies et embûches, côtoiera plusieurs fois la mort, s'accommodera des tergiversations et filouteries des rois peuls, moins des réticences françaises à son entreprise,  jamais il ne succombera au découragement.

Porté par une éducation de références à Rome et à Athènes, ses motivations n'ont  pas pour objectif de s'intégrer aux coutumes et mode de vie de ceux qu'il veut conquérir mais d'apporter connaissances et progrès à ces êtres que l'on tient à tort, pense-t-il, à l'écart de toute chance de développer une civilisation à l'égale du continent européen. 

 

La biographie romancée d'Olivier de Sanderval proposé par Tierno Monénembo se distingue par le choix de ce personnage extraordinaire, façonné tout exprès, semble-t-il, pour un destin de pionnier, intangible au doute, inflexible sur ses principes.

La fin du 19ème siècle est une époque où la distinction et la dignité sont d'usage et de mise, les à-priori tenaces, la souveraineté blanche indiscutée, indiscutable. Sanderval ne se départit pas de ces clichés, mais pas non plus du respect dû à l'autre ni du principe de non violence.


Ce roman repose donc sur l'extraordinaire personnalité du protagoniste, le récit est souvent burlesque et foisonnant, mais on se perd parfois dans l'obscurité de sa construction comme on chercherait son chemin dans l'épaisseur de cette jungle où un arbre ne ressemble jamais autant à un autre arbre quand on commence à tourner en rond.

 

Une lecture pas toujours fluide donc mais très instructive,  proche du conte et à la tradition orale des récits africains.

"Le roi de Kahel", Prix Renaudot 2008, Roman, France, Seuil, mai 2008, «««««

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Rédigé par lechemindeparlà

Publié dans #les livres de par là

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Publié le 13 Novembre 2009

« La documentation étant à la portée du premier venu, l’écrivain est libre de s’en servir si cela lui plaît. Elle ne présente aucun intérêt en elle-même, et ne vaut que par l’interprétation qu’on lui donne. Tout roman, si « objectif » soit-il en apparence, est le portrait de son auteur, et n’obéit qu’aux lois de l’univers intérieur de l’écrivain. » - Zoé Oldenbourg


Nous voilà prévenu et pas déçu, cette histoire du peuple peul nous sera librement racontée par Tierno Monénembo. Non pas par l’énumération des faits historiques, la longue liste des références portent à croire à leur fiabilité, reste le deuxième effet kisscool, le conte et le conteur.



Un, semble-t-il, jeune peul, ignoble berger, implore le conteur, un noble Sérère de la lui raconter cette légendaire épopée, « …maudite engeance ! Tu ne nous as plus quittés. Tu n’as plus arrêté de souiller nos rivières, de dévaster nos champs ; de hanter nos villages et nos nuits. Sans rien demander, tu as planté ta hutte et démoli le paysage. Il était déjà trop tard quand on a ouvert les yeux. De passant, tu étais devenu voisin puis convive puis gendre puis pur autochtone. Tout cela, en un clin d’œil.

Ah, malheur ! ».

Apparemment, les aime pas trop les peuls le conteur.


Mais tout est bien car comment imaginer aborder l’histoire d’un peuple d’Afrique autrement que l’attention rivée aux paroles d’un homme qui manie le sarcasme aussi bien que sa mémoire est précise.


Le peuple Peul, celui de l’expansion, de la conquête, « Comment, diable, es-tu monté de l’état de chien errant à celui de bâtisseur d’empires… », prend racine dans la vallée du fleuve Sénégal pour s’étendre dans tout l’Afrique de l’Ouest.

 Leurs rites et coutumes sous l’influence de Guéno, le Dieu, sont régis par le polâkou l’éthique peule jusqu’à l’avènement de l’Islam.


La première partie s’attache à la famille, berceau des hommes volontaires à façonner un pays à leur peuple.

Puis vint la révélation de l’Islam qui contribuera à élargir encore sa domination jusqu’à l’arrivée des blancs et leur persévérante conquête pour enfin aboutir à la Guinée française.

 

La construction originale du livre avec ce narrateur rebelle dont on est sûr que de condescendance il n’y aura, le style particulier de l’auteur tout en vivacité dont les méandres des nécessités historiques nous font perdre le fil souvent, l’intérêt du sujet, tout nous amène au dépaysement, au récit d’aventures, d’hommes qui se sont évertués à construire un pays. Même si on se perd parfois dans les noms, les retours au passé, les exodes successifs, le charme ressenti s’en nourrit et opère jusqu’à l’arrivée de l’homme blanc qui parle le français et sur lequel le livre s’achève.


Très bon choix de lecture.


Et non, je n’ai pas encore lu Amadou Hampâté Bâ

Et oui, je compte bien y remédier.
Par contre, déjà lu le très bon "Roi de Kahel" (ici)

« Peuls », Tierno Monénembo, Roman, France 2004, Points 2009, «««««

 

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Rédigé par lechemindeparlà

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