"La pluie, avant qu'elle tombe", Jonathan Coe

Publié le 15 Février 2009

La vieille tante de Gill, Rosamond, est morte. Assise sur une chaise, près d'un magnétophone, le micro à la main, en écoutant un vinyle. Il y a les cassettes enregistrées destinées à Imogen, une inconnue que Gil ne retrouve pas. Entourée de ses filles, elle les écoute. Les enregistrements c'est parce qu'Imogen est aveugle. Le récit de la vieille dame s'organise autour de 20 photos, chacune corresponde à un moment de sa vie qu'elle tente de décrire et de resituer dans le contexte, le temps, la mémoire  familiale. 20 témoignages qui mis bout à bout racontent l'histoire de la vieille dame sur 3 générations parmi les femmes, les blessures, les chagrins. Une trame romanesque à laquelle Imogen n'est pas étrangère.

 

Après "Testament à l'anglaise", "La maison du sommeil" et "Bienvenue au club", "La pluie, avant qu'elle tombe" sonne comme un renouveau, un tournant, un "tout autre chose" dans les productions de l'auteur. C'est bien simple, on cherche encore Charlie!

 

Pas d'humour grinçant à la "british", pas de satire de la société anglaise, juste une vieille dame qui se raconte à partir de 20 clichés minutieusement choisis.

 

Plaisant au début, on sent poindre un truc pas joli joli.

Rosamond tend à l'énervement se racontant pleine de bons sentiments, de bonnes intentions, il serait de bon ton qu'elle intervienne mais non.

Puis elle a des jugements à l'emporte pièce sans complaisance et apparemment sans fondement, bref son attitude est agaçante.

 

La chronologie se base sur celle des photos autour desquelles se développe la narration et repose l'originalité du livre.

L'histoire, elle, a pour but de transmettre la mémoire familiale, pas tant pour se souvenir que pour connaitre le terreau sur lequel se construisent les générations futures.

 

Une lecture agréable et rapide qui va sous peu et sans doute se dissoudre dans les limbes de l'oubli …

 

" Elle venait de repérer, à l'autre bout du parking, quelqu'un à qui elle devait absolument parler: Philippa May, le médecin de sa tante, avec qui elle était restée en contact téléphonique toutes ces dernières semaines. C'était le Dr. May qui avait diagnostiqué les troubles cardiaques de Rosamond ; c'était elle qui avait tenté de la convaincre (sans succès) de subir un pontage ; c'était elle qui lui rendait visite tous les trois ou quatre jours, de plus en plus inquiète des risques d'aggravation soudaine ;  c'était elle enfin qui, dimanche matin, en arrivant à la maison, avait trouvé la portes de la cuisine déverrouillée, et le corps de Rosamond gisant dans le fauteuil où, apparemment, elle était décédée au moins douze heures plus tôt.

‹‹ Philippa ! ›› cria Gill en se précipitant vers elle.

Le Dr. May, qui allait monter dans sa voiture, se redressa, se retourna. C'était une petite femme efficace, aux cheveux gris en désordre ; son regard bleu et chaleureux inspirait confiance, derrière ses lunettes métalliques à l'ancienne.

‹‹ Oh, bonjour Gill. Quelle tristesse. Je suis tellement navrée.

-          Vous ne pouvez vraiment pas rester un peur?

-          J'aurais bien aimé, mais …

-          Je comprends. En tout cas, je voulais juste vous dire merci, pour tout ce que vous avez fait. Elle avait de la chance de vous avoir, comme amie et comme médecin.››

Le Dr. May eut un sourire dubitatif, comme si elle n'avait pas l'habitude des compliments. ‹‹ Je crains que vous n'ayez fort à faire, dit-elle. Cette maison était un capharnaüm.

-          Je m'en doute. Je n'y suis pas encore allée. Je retarde le moment.

-          J'ai essayé de tout laisser en l'état. Il y a juste une ou deux choses que je me suis permis de faire. Éteindre l'électrophone, par exemple.

-          L'électrophone ?

-          Oui. Apparemment, elle écoutait de la musique quand … C'est assez réconfortant, à mon sens. Le disque tournait encore sur la platine lorsque je suis arrivée. Le diamant était bloqué dans le sillon en bout de face.›› Elle se perdit un instant dans ses pensées ; et même si elles avaient quelque chose de morbide, elle faillit laisser échapper un sourire. ‹‹En fait, je me suis même demandé, au début, si elle ne chantait pas sur la musique, quand j'ai vu le micro dans sa main.››.
Gill la dévisagea. C'était la chose la plus ahurissante qu'elle ait entendue de toute la semaine. Une vision de Tante Rosamond égayant son agonie d'une séance de karaoké improvisé lui traversa l'esprit."


" La pluie, avant qu'elle tombe", Jonathan Coe, Roman Anglo-Saxon, Gallimard, janvier 2009, «««««  




Rédigé par lechemindeparlà

Publié dans #les livres de par là

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herbertlecanard 21/02/2009 11:10

2/5 ? J'aurais mis 3 ...
Est-ce que tu as lu "lignes de failles" de Nancy Huston ? Celui-ci m'avait tellement plu que le Coe a fait un peu figure basse à côté.

Les critiques parlaient d'un livre sur le destin. Sommes-nous déterminés par notre enfance, nos relations avec nos parents ...

Le sujet est bon, mais je l'ai trouvé un brin trop court. Il aurait fallu aller jusqu'au bout pour moi...

isa 18/02/2009 21:53

continue,c'est super,bien fait et instructif.