Publié le 25 Mars 2010

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En ces temps troubles et inquiétants des années postrévolutionnaires promptes à raccourcir toute velléités monarchiques, il demeure cette journée de 1794 (le 20 vendémiaire de l’an II) où les restes de Rousseau, le philosophe, sont conduits à travers Paris jusqu’au Panthéon. Lambert se souvient bien de ce personnage et, n’en déplaise au souffle des applaudissements de la foule, l’homme du peuple aujourd’hui glorifié n’avait de cesse, quelques 40 ans plus tôt, d’être reçu dans les salons où on voulait bien s’en accommoder.


A l’époque, Lambert était valet auprès de Mme d’Épinay, une maison enorgueillie de distinction et de visiteurs raffinés. La propriétaire avait pour ami Rousseau, pour amant Grimm et espérait Diderot dans son cercle, tandis que Mr d’Épinay s’occupait ailleurs. Pour égayer le premier, divertir le deuxième et appâter le1002883[1] dernier, elle leur propose sa voiture et son valet le meilleur pour un voyage en Italie dont la musique et les chants trouvaient grâce aux oreilles des grands hommes. De Turin à Naples, en passant par Milan, Pise, Florence et Rome pour enfin remonter par Modène, l’équipée commence par se connaitre plus intimement entre la prostate de l’un, les régimes de lait de l’autre, les susceptibilités de tous. Les petites moqueries ne manquent pas de chatouiller les susceptibilités de tous et Lambert parvient encore à arrondir les angles, s’occuper des trois, contenter tous les besoins. La pertinence et le franc parlé du valet rivalisent avec l’éloquence des grands hommes qui voudraient se décharger d’une malveillance que leur réputation ne saurait s’entacher. Le voyage, au commencement bon enfant, prend une tournure dont les cahots rivalisent avec ceux que leur voiture endure sur les routes de l’époque.

Un voyage que les interventions du n°7 de la descendance du valet n’a, en dehors de ce récit de la main même de Lambert transmis d’héritier en héritier, et sans remettre en question la véracité des écrits, trouvé aucune trace dans ceux de ces grands hommes dont un tel périple n’aurait dû rester sous silence de leur part ce qui en dit long sur ce trio infernal.

http://www.cellf.paris-sorbonne.fr/medias/programme_31.jpg              http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:bnwMmxYZdn8DgM:http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/a/ab/Friedrich_Melchior_Grimm.jpg/140px-Friedrich_Melchior_Grimm.jpg

L’aventure racontée ici ne se trouve pas là où on la cherche. Des incidents, il y en a, mais ils ne sont que prétextes à relancer les discussions et les taquineries qui savent toucher leur cible. Il en découle, avec un valet implacable, un exercice de style de haut vol de la part de François Vallejo. Les faiblesses de l’homme, tout grand qu’il soit, n’aiment en aucun cas, et encore moins ici, faire les frais d’un public qu’il soit « amicale » ou « domestique ». Il sonde les travers d’une humanité qui tout intouchable qu’elle se croit être rivalise d’égalité avec celle qui ne s’y croit pas.

J’ai beaucoup aimé et je me suis aussi beaucoup amusée notamment du vocabulaire choisi à la mesure de cet : « Tu extravagues, Lambert ». Vraiment, un petit bijou ce livre.

 « MM. Rousseau, Grimm et Diderot avaient avalé Pise en deux heures de temps, s’exclamant sur la beauté des rues et des monuments. Les voilà qui admirent, j’avais d’abord songé, ils vont enfin séjourner plusieurs nuits en même endroits, pour pouvoir admirer plus longtemps, et nous reposer. Ces hommes-là n’aimaient pas, je le crois bien, admirer trop longtemps, et ils s’aimaient mieux mécontents de tout. »

"Le Voyage des grands hommes", François Vallejo, janvier 2005, éditions Points, «««««

Du même auteur, j'ai aussi aimé "Ouest" et "Groom".
Vous apprécierez peut-être aussi "Jean-Jacques" de Frédéric Richaud

 

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Publié le 20 Mars 2010

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Publié le 17 Mars 2010

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/4/3/2/9782864247234.jpgAprès l’enquête sur le meurtre de l’individu retrouvé dans le lac Kleifarvatn dans « L’homme du lac », nous voici aux abords d’un autre lac, celui de Thingvellir, avec « Hypothermie », dernière enquête publiée à ce jour du commissaire Erlendur. Il faut dire, comme on l’apprend à la lecture d’Arnaldur Indridason, des lacs, ce n’est pas ça qui manque près de Reykjavik.

 

Justement, c’est dans le chalet familial près de la rive qu’est découvert le corps de Maria, pendu au bout d’une corde. Tout indique le suicide, d’ailleurs, l’affaire est classée après l’enquête de routine, l’examen du médecin légiste et l’investigation de la police scientifique. Seulement, Karen, l’amie de la défunte qui a découvert le drame, ne peut se résoudre au geste de Maria. Malgré le décès de sa mère deux ans auparavant et la dépression qui s’en suivit, le suicide n’entrait pas dans le caractère de celle-ci. Intrigué par la détermination de Karen, Erlendur profite d’une période creuse au commissariat et va chercher à en savoir plus, sa curiosité piquée par un enregistrement entre Maria et un médium. Il déterre au passage deux affaires de disparition vieilles de trente ans, ne laissant autant que possible aucune piste non explorée, les personnes disparus ayant un impact particulier dans la vie intime du commissaire.

Son enquête ne relevant d’aucun mandat officiel, c’est seul, sans Elinborg ni Sigurdur Oli, qu’il va mener ses investigations.

 

Comme de coutume, les personnages sont particulièrement fouillés, les situations jamais anodines, les pièces du puzzle parfaitement ajustées. Une fois encore, Arnaldur Indridason soigne son récit toujours bien ancré dans la société islandaise, et peaufine la personnalité toute cabossée de son personnage principal.

 

Voir aussi « La voix » et « Hiver arctique ».



Hypothermie, Arnaldur Indridason, Métailié Noir éditions, février 2010, «««««

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Publié le 13 Mars 2010

 

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/6/6/0/9782743620066.jpg

 


Teddy n’a pas le pied marin. Son système digestif supérieur ne manque pas de le lui rappeler, là, à bord du ferry reliant le port de Boston à Shutter Island.

 

Accompagné de son coéquipier Chuck, lui aussi maréchal fédéral, il se rend à Ashecliffe, unique établissement de l’île pour patients aux désordres psychiatriques sévères, les plus violents de la société américaine des années 50, celles d’après guerre, des feutres mous, de Bogart, des lobotomies ou des électrochocs.

 

Une patiente, justement, a disparu. Évaporée de sa cellule fermée à clef, malgré les gardes, postes de contrôle, grilles multiples et verrouillées, Rachel a été internée suite au massacre de ses 3 enfants. Elle s’est évanouie sans trace ni chaussure, seule une feuille de papier est retrouvée au sol derrière la commode sur laquelle on peut lire une énigme, comme un code formée de lettres et de chiffres.

L’hôpital se présente en trois parties, les pavillons A et B auxquels Teddy et Chuck peuventhttp://www.espace-psy.com/photos/illus491.jpg avoir accès, et le pavillon C, lieu fantasmagorique dans lequel sont internés les cas les plus coriaces, ceux pour lesquels la pharmacologie semble impuissante et où les pires manipulations chirurgicales restent l’ultime recours. Les limites de la coopération des médecins pourtant affables vont se révéler très préjudiciables.

Aucun signe de Rachel et avec cette tempête qui se déchaine, le huis clos prend une tournure inquiétante quand les motivations de Teddy commencent à faire surface. En effet, très marqué par la guerre en Europe, le coup de grâce lui a été asséné avec la mort de son épouse, Dolorès, dans le feu de leur appartement, acte criminel dont l’auteur serait justement retenu dans ce pavillon C. Aux prises avec ses démons, ses migraines, ses cauchemars et ses doutes, Teddy voit l’étau se resserrer autour de lui. La vérité change de version comme le ciel de couleurs en ces instants de tempête.

http://cine-serie-tv.portail.free.fr/actu-cine/26-08-2009/une-nouvelle-date-pour-shutter-island/shutter_island_hautbis.jpg 

Dennis Lehanne, dont, non, je n’ai pas lu « mystic river », a construit un roman haletant, aux rebondissements incessants sans complètement nous perdre. N’empêche, de retournements en crêpes et de médaille en revers, la très bonne seconde partie est une maestria en l’art de la manipulation. Jusqu’aux ultimes pages, Lehanne ne nous laisse pas souffler, les fous sont dans le livre et peut-être bien qu’il aimerait bien nous faire tourner girouette nous aussi.

 

Il faut se laisser mener par le bout du nez pour que le coup soit gagné et se transforme en coup de maître.


Shutter Island, Dennis Lehanne, Roman 2003, Rivages/Noir poche 2009, «««««


Adaptation cinéma de Martin Scorsese, 24 février 2010 (que je n'ai pas vu)


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Publié le 10 Mars 2010

À une époque, la notre, où beaucoup de groupes français, pop majoritairement, chantent en anglais, certains anglosaxons se sont risqués eux à nous la pousser en français. Pas de quoi se leurrer, l'évènement est souvent ponctuel, rare et, je pense, commercial. Mais, et quoiqu'il en soit, j'apprécie l'effort et fonds devant cet accent à tellement couper au couteau que l'on a parfois pas mal de difficultés à comprendre les mots, le sens.

C'est si mignon!


et puis, même si la qualité de la vidéo n'est pas top, une véritable surprise :

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Publié le 4 Mars 2010

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/4/6/3/9782020977364.jpgFinalement, William Boyd est une véritable manufacture !

 

Une usine à lire et à écrire.

 

Dans ce recueil de chroniques écrites pour quelques journaux anglais à l’occasion de la sortie de livres rétrospectifs sur certains auteurs ou peintres suscitant son intérêt, ou pour nous faire partager son engouement pour une ville, un pays, des personnalités artistiques ou des situations, il semble que William Boyd soit curieux de tout.

 

Une usine à lire, à écrire et à ressentir.

 

Le livre est composé de quatre parties.


La première, La littérature, regroupe plusieurs chapitres consacrés à des personnalités du genre comme Gustave Flaubert, Albert Camus, Anton Tchekhov, et autres, tous très captivants et dont les portraits soulignent des particularités souvent mal connues.

Elle traite aussi des genres littéraires comme La nouvelle et une très intéressante réflexion sur le journal intime dont l’intérêt semble moins tenir à son contenu qu’à sa raison d’être.
 

« Quelle est l’étrange séduction du journal intime ? Comment affecte-t-il votre vie ?

Difficile d’arriver à une réponse très concluante, d’expliquer pourquoi un journal est quelque chose qu’il vous faut tenir.

…/…

Il existe plusieurs sortes de journaux intimes : certains écrits avec le regard fixé sur la postérité et d’autres qui n’ont jamais été destinés à être lus que par leur auteur.  Il y a des journaux qui se contentent d’aligner les détails banals et monotones de vies ordinaires et des journaux destinés expressément à fonctionner comme des témoins d’événements capitaux de l’Histoire.

…/…

Mais, enfoui à l’intérieur de ces ambitions et motivations diverses, se trouve un facteur commun à tous ces efforts : le désir d’être honnête, de dire la vérité.

…/…

…nous tenons un journal parce que nous voulons laisser une trace. Comme le prisonnier qui inscrit les jours qui passent sur le mur de sa cellule, ou l’adolescent qui grave des initiales sur le tronc d’un arbre, ou même un animal laissant ses empreintes, l’acte de rédiger un journal paraît dire : j’étais là, voici un peu du récit de mon voyage. »

 

La deuxième partie, allouée aux arts plastiques, s’attarde également sur plusieurs personnages, le trait d’union semblant en être Picasso qui les côtoya pour la plupart, ou les commenta (peu courtoisement souvent).

 

Dans la troisième, William Boyd s’attache aux films et au cinéma. Hormishttp://chambreavecvue.canalblog.com/images/woody_allen.jpg les portraits tout aussi intéressants de Woody Allen et de Charlie Chaplin, qui relèvent de ce qu’on aurait pu oublier à propos de Chaplin, de la madeleine de Proust pour Allen (comme nombre de mes contemporains, WB doit se résoudre à admettre que, bon, oui c’est vrai, WA a été novateur et brillant semble-t-il, mais là c’est fini, il va falloir se faire à l’idée que ça fait plus de 30 ans maintenant et qu’à la longue c’est un peu saoulant la diatribe de Woody, il y a comme un Buzz là !), Boyd s’attarde sur ses expériences cinématographiques en tant que metteur en scène, scénariste et adaptateur de romans pour l’écran. Et là, c’est très intéressant, car on s’aperçoit que de l’autre côté de la lorgnette les impressions sont tout autre, ou dépendent vraiment de chacun.

« Il existe cependant, je crois, une certaine compréhension instinctive de l’altération fondamentale qui se produit dans le passage d’un livre au cinéma – car autrement pourquoi les gens, ayant vu et aimé le film ou la série télévisée, voudraient-ils lire le bouquin ? Toutes les adaptations encouragent vivement la lecture de la source originale, non parce que les gens veulent voir ce qui a été changé ou supprimé, mais parce que le plaisir esthétique est complètement différent. »

En ce qui me concerne, pas du tout. Je ne me souviens pas avoir lu le livre après avoir vu le film. L’inverse, plus souvent et l’adaptation me paraissait assez fidèle au roman, excepté pour « les vestiges du jour » que j’ai lu en mettant les visages d’Emma Thompson et Anthony Hopkins sur les personnages, le film étant sorti, et j’ai été frappé de retrouver exactement l’idée que je m’en étais faite en le lisant sur l’écran de cinéma.

 

Dans la dernière partie de son livre, « Lieux de vie », l’auteur nous livre ses impressions sur la France, l’Angleterre, Paris, Londres, entre autre, des chroniques aux observations remarquables devant lesquelles on ne peut qu’opiner du chef. http://www.cartepostale-ancienne.fr/images/grandes/6479.jpg

 

Voilà donc un livre très plaisant à lire, qui nous éclaire sur plusieurs aspects concernant l’écriture sous toutes ses formes et dont la précision des multiples portraits nous amène à voir sous un autre angle ces personnages dont les noms, pour la plupart, résonnent depuis longtemps à nos oreilles sans avoir suscité plus d’intérêt jusqu’à « Bambou ».

William Boyd est un homme curieux et pointilleux, à la curiosité contagieuse.

"Bambou", William Boyd, Seuil éditions, 2009, «««««

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Rédigé par deparlà

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