Publié le 18 Septembre 2010

On ne peut pas dire que je sois « Nothomb-maniaque ». En même temps, il faudrait avoir tout lu d’Amélie. Ça fait beaucoup. Dans mon cas beaucoup trop même si j’avais été totalement séduite par « Hygiène de l’assassin », déçue ensuite par beaucoup d’autres (notamment par « stupeur et tremblement »), voire consternée pour finalement jeter l’éponge et laisser passer nombre de ses rentrées littéraires sous les ponts depuis mon dernier souvenir bienveillant avec « Robert des noms propres ». Il aura fallu un voyage en train et plus de 20 minutes d’avance gare de Lyon mi-août pour aplatir un nouvel essai avec « Une forme de vie » moyennement motivée tout de même avec en perspective 2 heures d’échappatoire à un voyage ennuyeux si je n’avais pas la chance de m’assoupir.

En une heure c’était plié, l’essai était validé et transformé entre les deux poteaux. Jamais ça ne m’était arrivé, sans diagonale dans ma course ni feinte de corps j’ai laissé tout le monde (mes congénères du wagon) sur place, loin devant et contente de moi.

 

C’est donc l’histoire d’Amélie Nothomb, auteur à succès, addicte à l’écriture de romans et de son importante correspondance. Elle lit tout et répond à tous sauf quand trop c’est trop, elle n’est ni une banque, ni rédactrice chez Albin Michel, encore moins prof de français. Même si elle est traduite en plusieurs langues son succès planétaire reste hexagonal. Quelle stupeur (c’est exagéré mais ça m’amusait) alors de recevoir une missive d’un soldat américain, Melvin Mapple, qui expose sa vie  en Irak. Il a tout lu d’elle, lui, et se pince la graisse quand elle accepte d’être sa correspondante de guerre. Je dis « graisse » car il a trouvé une tactique imparable pour se soustraire aux dictâtes des concepteurs de tanks et d’uniformes de l’armée, il bouffe. Des tonnes de nourriture américaine à faire exploser le budget cuisine et vestimentaire de ses employeurs. Plus il patrouille et subit les horreurs d’une guerre monstrueuse plus il résiste en produisant en quantité peu patriotique des strates et des strates adipeuses. La résistance s’étoffe, ils sont plusieurs, et se nourrissent autant des remontrances de leurs collègues que des produits gras et sucrés à leur disposition. Melvin va même développer une histoire toute particulière avec son embonpoint qui a atteint le poids d’un double qui ne le lâcherait pas d’un pouce et dont la pesanteur sur lui la nuit serait d’un réconfort sans égal, c’est toute la folie de l’auteur, celle qui écrit le livre (pas les lettres enfin dans l’histoire, c’est toute la difficulté que de s’y retrouver quand on résume le livre d’un auteur qui se met en scène dans son histoire).

 

Alors de conjectures en analyses on peut tout dire des écrits d’Amélie Nothomb, faciles ou inutiles, sans intérêts ou jubilatoires, de l’auteur elle-même qui peut susciter également toute sorte de sentiments et leurs contraires, personnellement je n’y allais plus du tout jusqu’à un hasard providentiel qui m’a fait perdre une heure d’ennui dans un train.

C'est peut-être parce qu'il est court qu'il est bien ce roman. Enfin, j'en connais d'autres qui sont courts et pas si bons mais là je m'engage en terrain glissant.

 

Je soulignerais un autre aspect du roman d’Amélie Nothomb, celui des affres d’une correspondance choisie et entretenue, les joies tout d’abord puis les inquiétudes jusqu’à la déception, un sujet, serait-ce-possible, universel :

 

  « Au moment de poster ce pli, je ne savais pas quel était mon état d’esprit. J’aurais été incapable d e préciser ce qui, dans mon courrier, relevait de la sincérité cordiale ou de l’ironie. Melvin Mapple m’inspirait du respect et de la sympathie, mais se posait avec lui avec lui le problème que j’ai avec 100% des êtres, humains ou non : la frontière. On rencontre quelqu’un, en personne ou par écrit. La première étape : il peut arriver que ce soit un moment d’émerveillement. Á cet instant, on est Robinson et Vendredi sur la plage de l’île, on se contemple, stupéfait, ravi qu’il y ait dans cet univers un autre aussi autre et aussi proche à la fois. On existe d’autant plus fort que l’autre le constate et on éprouve un déferlement d’enthousiasme pour cet individu providentiel qui vous donne la réplique. On attribue à ce dernier un nom fabuleux : ami, amour, camarade, hôte, collègue selon. C’est une idylle. L’alternance entre l’identité et l’altérité (« C’est tout comme moi ! C’est le contraire de moi ! ») plonge dans l’hébétude, le ravissement d’enfant. On est tellement enivré qu’on ne voit pas venir le danger. »

 

« …Certes, une correspondance n’est pas un contrat, on peut en sortir à tout instant sans préavis. …/… Il est arrivé que d’aucuns cessent de me répondre sans explication.

…/…

Mais parfois, s’agissant de correspondances anciennes, de correspondants fragiles par leur âge ou par leur santé, j’ai insisté. J’ai téléphoné. …/…

Il est très difficile de savoir où s’arrêter. C’est encore ce problème de la frontière : l’autre passe par votre vie, il faut accepter qu’il puisse en sortir aussi facilement qu’il y est entré. Bien sûr, on peut se dire que ce n’est pas grave, que ce lien était simple correspondance. On peut également se dire que se taire n’est pas la cessation d’une amitié. Ce dernier argument convainc davantage que le précédent. On devient sage, on se console. On accepte les nouveaux amis sans oublier ceux qui sont entrés dans le silence. Personne ne remplace personne. »

 

 "Une forme de vie", Amélie Nothomb, Albin Michel août 2010, «««««

 

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Rédigé par deparlà

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Publié le 16 Septembre 2010

  

Comme défenseur de la langue française, il y en a pour penser à Bernard Pivot, d’autres à Daniel Pennac, pis encore d’autres mais les noms font défaut à une pauvre culture personnelle.

Moi c’est Erik Orsenna. Pour tout dire, j’en suis restée à « L’exposition coloniale » comme bonbon littéraire, repue, à l’époque, d’avoir aussi bien lu. Avec « La grammaire est une chanson douce », « Les Chevaliers du subjonctif », « La révolte des accents » et « Et si on dansait ? », la qualité est là et je m’interrogeais sur le peu de romans finalement lu de lui. Precipitación donc sur « L’Entreprise des Indes », certaine de mon coup.

 

Ha la la.

 

Quelle déception !

 

Pourtant le sujet paraissait séduisant : au XVème siècle, Bartolomé, frère de Christophe Colomb et cartographe de formation se trouve au cœur du grand projet de l’ainé, la route des Indes, plein ouest, fi de la route de la soie. Il sera lui-même englouti par l’appétit de Christophe à réaliser son voyage, son destin vampirisé par la détermination et l’ambition de son frère.

Prometteur donc.

Mais, las !

Malgré la passion de l’auteur dans ses interviews, le livre tombe à plat, l’émotion peine à suinter, l’attrait s’effiloche, la qualité de l’écrit se noie dans un style trop travaillé pour s’alléger.

Finalement, je suis allée au bout du livre, je n’irais pas jusqu’à dire que j’ai traversée l’Atlantique à la nage pour cela mais c’est déçue déçue que j’ai touché terre.

 

Certaines réflexions de-ci de-là aident, tels les îlots d’un archipel ou d’un chapelet de curiosité, à maintenir le cap :

 

« …J’avais toujours vécu près de l’eau. Et de Gênes à Lisbonne j’avais soit longé la Méditerranée, soit franchi l’Espagne avec pour but une bordure de l’océan.

Cette fois, m’écartant un peu plus à chaque pas d’un rivage, il me semblait m’arracher à la vie.

Je m’attendais à ne rencontrer que de la tristesse et de la contrainte.

Comment se sentir libre, me disais-je, quand on vit loin de la mer ? Comment ne pas étouffer quand des terres, et seulement des terres, vous encerclent ? Pas étonnant que ces prisonniers ̶ là, ces malheureux qui vivent au milieu des forêts et des champs, n’aient de cesse de fabriquer des livres. Quand on ne dispose pas de bateau ̶ , la seule façon de fuir, c’est lire. »

 

« Jean de Westphalie m’avait tout de suite trouvé l’ouvrage pour lequel j’étais venu sur ordre de mon frère, cet Ymago mundi qui devait avoir tant d’importance dans l’histoire de l’agrandissement du monde. Ma mission accomplie, je pouvais à tout moment revenir à Lisbonne. Pourquoi repoussais-je de jour en jour mon départ ?

Il est des heures où l’existence hésite : à côté du chemin prévu se présente une autre route. L’amitié, tout autant que l’amour, peut faire basculer des destins. Jean de Westphalie me proposait de m’installer près de lui et que nous œuvrions de concert. Arguant que je connaissais déjà une part de son métier, que j’avais, pour y exceller, la patience et le soin et le goût d’apprendre et celui de transmettre ; que ce métier avait pour avantage, inappréciable chez les natures semblables à la mienne, curieuses de tout, d’aborder tous les savoirs sans s’enfermer dans aucun : un livre achevé, vous verrez, on se passionne illico et tout autant pour un autre domaine ; que , pour accroître l’intelligence chez les hommes, les livres valaient bien les bateaux, et la lecture, le voyage ; que, surtout, un grand mouvement d’intelligence se levait ici, dans le sud des Pays-Bas, et que, si j’acceptais de demeurer quelques semaines, il pourrait me faire rencontrer certains philosophes de ses proches : ils parlaient de la liberté, et offraient à l’espèce humaine des perspectives exaltantes.

Je balançai une pleine semaine.

De ce balancement Christophe ne sut jamais rien. Le lui eussé-je raconté qu’il n’aurait rien écouté et encore moins entendu. L’Ouest seul l’occupait.

Pourquoi décidai-je finalement de ne pas changer le fil de ma vie ?

Rien ne sert de regretter.

Nous sommes faits d’eau. Et, comme elle, nous suivons notre plus grande pente. »

 

"L'entreprise des Indes", Erik Orsenna, Stock mai 2010, «««««

  

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Rédigé par deparlà

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Publié le 14 Septembre 2010

La clef dans la serrure, passer la porte, suis rentrée !

 

Fait du bien de revenir chez soi.

 

Bon, la première chose qui cloche, et ça fait un petit coup au coeur, c'est la grosse pub qui clignote en plein milieu du salon. Pour l'iphone, ç'aurait pu être pire. Mon texte là va bientôt plus rien vouloir dire, c'est à cause des 45 jours et plus d'inactivité (ah?) du blog, elle devrait disparaître avec mes centaines de petits posts que je m'apprête à écrire, des nouveaux meubles en quelque sorte.

 

Enfin, ça fait plaisir de voir que quelques uns sont venus entretenir les plantes. Bon, effectivement, là c'est la sécheresse, faut tout de même pas s'étonner non plus, les visiteurs c'est comme l'amitié ça s'entretient. Enlever la poussière, ouvrir les fenêtre, j'espère bien recevoir !

 

En attendant, flotte encore une odeur de renfermer, j'ai mieux que febreze :

 

 

 

 

 voilà, la rentrée on va se la faire en retard, légèrement vêtu et avec la banane ! 

 

 

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Rédigé par deparlà

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