Résultat pour “Tanguy Viel”

Publié le 21 Février 2009

Ça devient une manie!

 

J'ai pour habitude de laisser tomber, passer à un autre, maudire, un livre qui profite de ma mansuétude et occupe une place précieuse dans mes rayonnages IKEA si le blanc ne monte pas en neige avant les 100 premières pages.

Faut pas pousser le bouchon trop loin non plus, hein ... Maurice!

 

Mais quelques digressions plus tard, dont une de taille (ici), une évidence s'impose :

  • - va falloir trouver un autre moyen sélectif
  • - revoir ma copie sur les laissés pour compte, peut-être bien

 

"Paris-Brest" de Tanguy Viel a bien failli subir le mauvais sort. 100 pages sur 190, il n'était pas déraisonnable de penser quand est ce que ça démarre, qu'il y a de l'abus.

 

 A la page 101, ça démarre !

 

Le narrateur est brestois, il s'appelle Louis.

Il est parti pour Paris il y a 3 ans. Là, il revient, passer Noël, son roman sous le bras, son roman sur sa famille. C'est quelque chose sa famille. Quelques années avant qu'il parte, sa grand-mère a hérité, comme tombé du ciel, de 18 millions de francs, ses parents eux un passif de 14, de quoi les exiler à Palavas les Flots et calmer la honte.

Lui est resté à Brest, mandaté implicitement par sa mère pour surveiller sa grand-mère, son argent. L'argent! Le nerf de la guerre, enfin celle de sa mère qui n'a aspiré jusqu'à son exil qu'à tenir un rang et tout sacrifier au paraître. Dans ces conditions, aucune chance que le fils Kermeur n'ait grâce à ses yeux. Celui-là s'est choisi Louis comme ami, lui ne résiste pas, il n'y tiens pas mais ne résiste pas, tout comme il se soumet aux manipulations de sa mère même s'il n'en a pas envi. Il est comme ça lui, il n'est pas d'accord mais se laisse faire comme s'il était sûr que quelque chose, bientôt, pourra le libérer, le faire fuir. Finalement, au bout d'un temps qui paraît long à lui et à nous, l'évènement se produit et il part. A Paris il écrit son roman familial même si "les histoires de famille, ça n'intéresse personne", 175 pages que maintenant il ramène avec lui à Brest, dans sa valise, dans sa famille, pour 10 jours.

 

Tanguy Viel fait ici une critique sociale de la bourgeoisie d'une ville de province au travers d'une famille de Brest, telle qu'aime à les filmer Claude Chabrol, joue aux poupées russes avec un roman familial dans son roman familial.

Son style répétitif et heurté souligne la jeunesse du narrateur que l'on situe dans l'adolescence, son écriture sensible et juste c'est elle qui m'a gardé du raisonnable.

 

Allez Maurice, fait pas la gueule va !

 

"Tout le monde devrait faire le point sur son histoire familiale, ai-je pensé, particulièrement un 20 décembre, c'est-à-dire un jour où il est important d'être soutenu dans l'épreuve d'aller passer Noël en famille, y compris les gens qui se disent heureux d'y aller, tandis qu'au fond d'eux-mêmes, comme tout le monde ils rêvent d'écrire un roman sur leur propre famille, un roman qui en finit avec ça, les veilles de Noël et les parenthèses mal fermées."

"PARIS-BREST", Tanguy Viel, Les Editions de Minuit, janvier 2009  «««««

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Rédigé par lechemindeparlà

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Publié le 5 Mai 2017

Après avoir lu Le Cœur cousu et Du Domaine des murmures c’est avec émotion, oui, que je me suis plongée dans La Terre qui penche. Car qui a lu Carole Martinez sait qu’un voyage dans le temps et un autre monde va nous emporter, un espace temps où les notions du réel et même de notre imaginaire perdront la tête.

 

Nous sommes au XIVème siècle, époque fort fort lointaine où mis à part les châteaux forts, les chevaliers, la guerre, les tournois et l’atmosphère sombre du Nom de la Rose d’Umberto Ecco, on a peu idée du contraste entre la pesanteur et la féérie de l’air du temps. Par l’intermédiaire d’une petite fille morte, on le sait très tôt, dans la prime adolescence et de sa vielle âme qui hante les pages à travers les ans, Carole Martinez nous conte une histoire, entre deux univers, le réel et la fable vers laquelle va son penchant.

Il est temps de marier cette encore enfant jusque là laissée à ses cavalcades et son caractère retord tant que discrétion et obéissance sont respectés envers un père peu aimant. Ils franchissent ainsi les limites du seul territoire connu de Blanche pour arriver au domaine des murmures dans la région de la Terre qui penche où au creux de la vallée coule la Loue. Tout d’abord réfractaire, la jeune fille va être séduite par la permission qui lui est offerte d’apprendre à lire et à écrire par un maître bienveillant, activité prohibée pour toutes les filles du château de son père, même si le prince des lieux promis pour ses noces se révèle avoir un esprit simple mais sensible. Courageuse, elle affronte la violence des mœurs et va entamer un chemin initiatique emprunt de féérie et de poésie. Dans cette histoire au souffle lyrique plusieurs personnages nous sont présentés dans leur complexité et tenus par un secret concernant Blanche.

Que dire de plus sinon de lâcher prise et succomber au talent enchanteur de l’auteur ?

Pour ne pas rompre le charme quand la fin est proche j’ai trainé plusieurs jours à lire les dernières pages et pourtant c’est là que tout se dénoue.

 

Très bonne lecture.

 

"L'enfant est un dévorant qui avalerait le monde, si le monde était assez petit pour se laisser saisir."

 

La Terre qui penche, Carole Martinez, 2015, folio

 

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Rédigé par deparlà

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