"Vacarme dans la salle de bal" de François Vallejo

Publié le 19 Mai 2010

Le nouvel appartement semblait parfait pour Célestine et Géo. Cossu, bourgeois, parquet en chêne, de quoi envisager la vie à deux avec optimisme (« … vivons ici puisqu’il faut vivre »).

Seulement voilà, il n’y a pas de moment plus tranquille que lors de ces visites en compagnie de l’agent immobilier. C’est ensuite que le voisinage donne des signes de son existence (« Emménager dans un nouvel appartement, c’est comme venir au monde : parfois on tombe mal. »). En l’occurrence, le voisin du dessous manifeste une passion certaine et sonore pour la musique de bal (« La vie d’un homme ne se voit pas, elle s’entend. »). Mais comment entreprendre cet acharné de flamenco, java et polka en passant par le tango sans froisser une susceptibilité peut-être exacerbée et par la même l’occasion de ruiner des rapports de bon voisinage avant qu’ils aient eu une chance de se nouer ? Géo tente une approche toute sournoise en faisant miroiter à M. Jacques Émile (c’est son nom) une thèse sur les bals et « toutes leurs musiques » qu’il serait en train d’écrire. L’engouement de M. Émile démarre au quart de tour, les dés d’une cohabitation tortueuse en sont jetés.

 

Voilà encore que je replonge dans la bibliographie de François Vallejo avec ce qui me semble être son premier roman paru en 1998 aux éditions Viviane Hamy. J’avais déjà succombé à « Ouest » , « Groom » et « La Voyage des grands hommes » (« L’incendie du Chiado » m’était tombé des mains, une vraie déception !). Quelle surprise ! Je découvre toute l’envergure du talent de l’auteur dans ce petit livre (127 pages). Avec cette histoire simple le style virevolte et contribue à chatoyer le jeu des mots propres à nous amuser ou à nous émouvoir de situations communes. La part belle est faite aux rapports humains. Les névroses qui pourraient en résulter sont contournées par la délicatesse des personnages qui paraît surgir d’une autre époque. Le huis clos réserve quelques scènes burlesques et cocasses tout en ménageant la personnalité de chacun.

 

« Les marcheurs, le cou rentré, à sept heures et demie, en décembre, se déhanchent autour de moi, comme une arrière-garde en déroute, se déploient en silence de tous côtés. Et dans cette troupe sans discipline, je remarque un petit soldat à la silhouette familière, toujours le même qui me poursuit, qui m’épie peut-être. Personne ne voudra me croire : nous sommes loin de chez nous et pourtant IL marche sur le même trottoir que moi. Le rat s’est éloigné de son terrier, il muse et trottine le nez baissé. Il est, décidément, partout où je suis, à mes trousses, j’en suis sûr, et pourquoi ? Impossible encore de parler de fâcheuse coïncidence, comme si nos vies devaient être indissolublement liées. »

 

Une lecture riche et envoutante en attendant son prochain roman « Les sœurs Brelan » qui doit paraître en août 2010 toujours aux éditions Viviane Hamy.

 

 

"Vacarme dans la salle de bal", François Vallejo, 1998 chez Viviane Hamy, 2003 en édition de poche J'ai Lu, «««««

Rédigé par deparlà

Publié dans #les livres de par là

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Ys 26/05/2010 10:15



Yohan aussi est un grand fan de cet auteur et il m'a donné envie de le découvrir. Pourquoi je ne l'ai pas encore fait, je ne sais...



deparlà 26/05/2010 11:03



il y a de quoi passer de bons moments de lecture, moi aussi car je n'ai pas encore tout lu