Mauvaise fille

Publié le 5 Décembre 2009

« Maman est morte, je suis maman, voilà, c’est simple … »


Pas tout à fait.


Justine Lévy témoigne ici d’évènements forts dans une vie, la mort de sa mère et la naissance de son enfant, comme s’il y avait une corrélation dans cette dualité et ce n’est pas si simple bien sûr.

 

Est-on une mauvaise fille quand on a eu une mauvaise mère ?

Et cela condamne-t-il à devenir une mauvaise mère à son tour ?

 

C’est Louise qui raconte, Justine donc.

Elle accompagne, soutient, aide sa mère, Alice, atteinte d’un cancer que l’on comprend vite vainqueur au bout du compte, en consultation chez Toubib qui fait bien attention de ne pas imprégner sa rétine de la silhouette encore vivante là devant lui, aux séances de chimio, à l’hôpital Saint-Louis, jusqu’au cimetière.

 

C’était quelqu’un Alice, avant, quand Justine était petite. Longues jambes, la classe, sublime et sublimée, déjà shootée à d’autres drogues, attentionnée et altruiste à ses causes. Sa fille en est-elle une ? Alice oublie sa fille à l’école, chez elle, celle-ci ne dit rien. Louise, plus jeune, n’a de cesse de tout encaisser, des fois qu’un peu d’amour, une miette, ne vienne mourir à ses pieds. Les années ont renversé la vapeur.

 

Louise-Justine est enceinte pendant qu’Alice se meurt, mais comment lui annoncer ?

 

Dans l’épreuve, les souvenirs et leur ressenti refont surface, bien plus profondément et, on le devine, plus douloureusement que ça nous l’est raconté. Car, malgré la gravité du thème abordé associée à son état de femme enceinte, Justine Lévy nous livre ses sentiments sans pathos ni condescendance. Le style est vif et énergique, apportant la légèreté nécessaire au récit.

Le livre se lit avec émotion et reconnaissance, il n’est pas commun de lire des mots enfin posés sur le ressenti intense et douloureux de telles situations, mais aussi sur le témoignage de l’amour d’une fille à sa mère, sans pour autant entendre la chanson du Titanic et fondre en larme toutes les 2 lignes.

 

« Maman pas malade me manque. Maman à qui parler. Maman avec qui rigoler. Maman avec qui affiner ma théorie des prénoms, et ma science des hématomes rétroplacentaires, et si c’est pas trop tard d’arrêter de fumer, et de boire, et de prendre des avions qui ne servent à rien. Ce n’est plus vraiment maman, cette chose, là, reliée à ces tuyaux. Cette maman qui ne sort plus de son lit. Qui bave ses repas. Qui avale ses bridges. Qui chie dans ses draps. Mais qui est vivante. Encore. Quand même. Être vivante, maintenant, pour maman, ce n’est plus aimer, ce n’est plus mentir, rire, faire l’amour, écouter sa petite Louise lui raconter ses petites histoires, c’est juste respirer, essayer de trouver de l’air entre deux tuyaux, entre deux quintes, être vivante c’est chercher de l’air, ne pas le trouver, se faire aider, souffrir, ou peut-être même pas, qui sait ? Combien de temps peut-on vivre cette vie-là ? Combien de temps on peut tenir ? Je retiens ma respiration moi aussi, solidarité, c’est tout ce que je peux faire, je suis comme les maris aux séances de préparation à l’accouchement, expirez monsieur, expirez, gonflez bien les poumons, voilà, merci, …/… »

 

« Le ciel ne pouvait pas mourir. Ni la lune. Ni maman. Si maman meurt, je me disais, alors c’est que les bateaux peuvent voler, les chats pleurer, les maisons chanter à tue-tête. Pas possible. »

"Mauvaise fille", Justine Lévy, Stock, 2009 , «««««

Rédigé par lechemindeparlà

Publié dans #les livres de par là

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orchidee 05/12/2009 10:31


il me tente depuis longtemps celui là


lechemindeparlà 06/12/2009 15:55


... oui, mais bon, peut être pas un cadeau pour Noël ?