Groom, François Vallejo

Publié le 6 Août 2009

Enchanté l'été dernier par la lecture de "Ouest" (http://lectaritude.over-blog.com/article-21291559.html) j'ai réitéré cette année avec celle de "Groom" même si entre temps "L'incendie du Chiado" m'est tombé des mains, trop lourd, bizarre. Pourtant c'est bien le bizarre qui accroche dans les romans de François Vallejo, le décalage de ses personnages.

Dans "Groom", la bizarrerie se situerait plus au niveau de la situation de départ, l'annonce à Véra par les surveillants du centre Pompidou d'un grave malaise survenu chez son mari, il en serait même mort, … puis ressuscité. L'occasion pour l'auteur de nous faire partager son idée sur les musées, l'art moderne, leur surveillance et les visiteurs :

 

"Les agents de surveillance, dans ce musée, seraient eux-mêmes invisibles s'ils n'allaient par paires, un discret rectangle Centre Pompidou épinglé sur la poitrine, plus ou moins masqué par un gilet ou un revers ;  pas de ces uniformes rassurants qui faisaient des musées, autrefois et dans quelques endroits encore, des prisons artistiques. Ici, le gardien a presque l'allure d'un visiteur comme les autres, nonchalant et bavard."

 

"Dans un musée, vie et mort ne se distinguent pas si facilement : artistes morts, œuvres vives, ou l'inverse. Les œuvres d'art semblent classées, des conservateurs y veillent, c'est pourtant la confusion complète : qui est vivant, qui est mort, qui est ressuscité ? Des foules de visiteurs se promènent jour après jour, nonchalantes et bavardes comme des agents de surveillance, pour contempler des valeurs établies, en réalité les plus instables des valeurs."

 

"Le caractère scandaleux de l'Art moderne est éventé depuis longtemps. Il est toutefois possible de se rendre au musée sans intention de le visiter. Admirer des œuvres d'art, c'est peut-être la dernière motivation des visiteurs des musées ? Une visite, c'est une distraction reconnue, comme le vélo ? Ou alors, on vient chercher le calme, comme on irait en forêt, mais en ville ? La pénombre, comme dans une église, mais profane ? La discrétion ? On y organise des rendez-vous, des rendez-vous secrets évidemment ?"

 

Antoine, un malaise, mort puis ressuscité, est pourtant rentré à la maison ce soir là. Véra n'a rien osé lui demander.

 

De questionnements en interrogations l'écheveau du mystère prend du mou faisant place aux destins cabossés, souvent solitaires, de personnages fouillés, pour certains burlesques, dont la volonté à se tricoter une place honorable sinon ordinaire avec une vie pourtant mal engagée semble devoir être un pis-aller au bonheur.

 

Le style nous garde du mélodrame et des trémolos, le ton souvent ironique préserve une lecture agréable. Un très bon roman donc qui m'a réconcilié avec l'auteur (après "L'incendie au Chiado") dont il me reste à découvrir "Le Voyage des grands hommes" malheureusement pas encore en poche.

"Groom", François Vallejo, Viviane Hamy septembre 2003, Point avril 2009,
3/5

Rédigé par lechemindeparlà

Publié dans #les livres de par là

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Cécile de Quoide9 10/08/2009 14:59

Je pense qu'il va intégrer un prochain challenge de lectures du mois...

lechemindeparlà 30/08/2009 18:13


très bonne idée !


Cécile de Quoi de 9 07/08/2009 18:14

Ouest est sagement en attente chez moi et ce que tu dis du thème de celui-ci me fait saliver.

lechemindeparlà 10/08/2009 14:26


tu peux le mettre tout au dessus de ta PAL, tu ne seras pas déçue !