Comme neige au soleil, William Boyd

Publié le 31 Mars 2009

"1914. L'Afrique Orientale. Au pied du Kilimandjaro, à la frontière des territoires anglo-allemands, vient de retentir l'écho lointain d'un attentat à Sarajevo. Colons, fermiers et militaires des deux bords se jettent avec d'autant plus d'ardeur dans la guerre qu'ils sont persuadés, comme l'explique un officier anglais, qu'«elle ne durera pas plus de deux mois. Il fait trop chaud ici pour se battre plus longtemps. On fondra tous comme neige au soleil!»

 

Quatre ans plus tard, trois semaines après l'armistice en Europe, l'armée allemande d'Afrique n'a toujours pas capitulé car... personne ne lui a ordonné de le faire.

Cette guerre cocasse, ubuesque et meurtrière, contrepoint ignoré des grandes batailles d'Europe, sert de toile de fond à un roman qui, dès sa parution voici vingt ans, a placé son auteur au premier rang des écrivains de sa génération.

 

Six personnages: Temple Smith, le bedonnant mais dynamique fermier américain, amoureux de ses machines; Eric von Bishop, son mélancolique et bizarre voisin allemand dont l'épouse, Liesl, amatrice de rahat-loukoums, est une plantureuse incarnation de l'ennui; Félix, l'étudiant dilettante d'Oxford, qui se voudrait esthète et cynique plutôt que vierge et boutonneux; son frère, le beau Gabriel, un officier de carrière en pleine et difficile lune de miel avec la jeune et candide Charis.

 

Six héros, pas toujours très héroïques, dont l'histoire, racontée avec une verve graphique et une ironie tendre, ne cesse d'osciller entre la folie et la raison, l'hilarité et l'horreur."

 

... voilà, tout est dit, je n'aurais pas mieux fait.

Bon, on va dire que l'exagération dans le propos et les adjectifs est de bonne guerre surtout ici dans le monde mercantile de notre société alter-conso-mondialiste d'autant que celui des livres a fort à faire face à la montée du prix du paquet de pâtes et de la baguette.

À "hilarité" je mettrais "amusant", à "candide", "curieuse"; à "verve graphique", "style visuel", et autres qualificatifs moins exubérants mais l'idée y est.

Avec ce livre je crois bien avoir fait le tour des productions romanesques de William Boyd et celle-ci ne dépasse le déjà plus tout récent "Brazzaville Plage"  mais défend son bout de gras comme il faut.

 "Comme neige au soleil" paru en France en 1985 n'a pas vieilli, les personnages talentueusement campés, le fond historique, le dynamisme du style, tout est réuni pour nous ménager une lecture agréable et amusante parfois décalée entre l'horreur d'une guerre aveugle et parachuté sur ce continent découpé au rouleau à pizza par les belligérants et l'insouciance des soldats blancs ne sachant pas très bien à quoi ils vont le mieux résister la guerre ou les maladies, et comme perclus d'un doute sur leur présence en Afrique orientale un front dont l'avant scène se situe à des milliers kilomètres de là. Cette drôle de guerre commencée la fleur au fusil assombrit finalement les esprits jusqu'à provoquer d'indirectes victimes au-delà des océans par amertume et trahison.

Jamais de trémolos dans la voix avec Boyd, ses personnages jouent le jeu de l'humanité quelque soit le terrain sans tomber dans celui de l'humanisme.



"Comme neige au soleil", "An Ice-Cream War" 1982, William Boyd, Roman, Angleterre, Éditions Balland 1985, Points, 1995, «««««

 

Rédigé par lechemindeparlà

Publié dans #les livres de par là

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