Souvenirs de la correction d'ECN 2008

Publié le 18 Février 2009

Nos médecins, autrefois (jusqu'en 2003), passaient l'internat, maintenant ils passent l'ECN     (examen classant national) (en savoir plus, ici). Sa correction, pour un examen récent, semble d'un autre âge et l'un des participants, Gilles Pialoux, un ponte en infectiologie et à la prose cocasse, a été désigné pour y participer l'année dernière. L'organisation aussi bien que les épreuves à corriger ont suscité chez lui et plusieurs de ses collègues d'aventure cet article où à "la partie de plaisir" s'immisce le désarroi :

 

"Tout lecteur est un patient qui s'ignore. Tout patient qui s'ignore est susceptible d'être soigné un jour par un médecin issu de l'examen classant national (ECN), l'internat ‹‹ pour tous ››, censé classer tous les futurs internes sur une seule épreuve nationale. Classement qui, à défaut d'imposer un choix, ouvre - ou n'ouvre pas - des perspectives d'exercice et de carrière.

C'est donc les mains moites que, PU (professeur universitaire) tirés au (mauvais) sort, nous nous sommes retrouvés, venus de partout pour arriver nulle part, dans un hôtel d'un autre monde, échoués entre Rungis et Orly. En mission ‹‹ nationale ››.

            Ceux qui nous avaient précédés nous avaient prévenus. Mais la réalité a dépassé la fiction comme les récits. Une organisation ‹‹ paramilitaire ›› qui va du ‹‹ non conseillé de dormir chez soi ››, au ‹‹ pas-de-mouvement-sans-déposer-les-copies-à-la-consigne ››, en passant par le transport des copies signées par la Brinks ...

Ce n'est que le cinquième jour que certains d'entre nous  - plutôt les non fumeurs - ont constaté qu'il faisait jour dehors .../..."

 

Voilà, c'est dit!

Au  cortex estudiantin en ébullition il y a plusieurs semaines et encore fiévreux se manifeste une exophtalmie inhérente des  correcteurs :

           

" Il est simplement question ici d'un ressenti de huit correcteurs après 17 à 19 heures de labeur par jour, cinq jours durant comme un miroir tendu à notre fonction de correcteur et à celle d'enseignant. Du cas clinique corrigé, le n°6, nous préciserons simplement, que pour la ‹‹ facilité ›› (?) d'interprétation, il s'agissait d'un cas d'infection urinaire haute chez un nourrisson de cinq mois et que le(s) rédacteur(s) (faisant en cela preuve d'une intense imagination) avait pris soin de confier à la mère une fonction particulière, celle de manipulatrice en médecine nucléaire (certes en congé parental) et choisi comme facteur de risque de cette infection urinaire haute un phimosis (étroitesse du prépuce, repli de peau recouvrant le gland, empêchant de découvrir ce dernier, anomalie courante chez l'enfant)".../...

 

Une infection urinaire haute, pour ce que j'en sais, est une infection qui touche les reins ; le phimosis chez l'enfant, une anomalie bénigne et non rare.

 

".../...D'où un florilège assez concentré sur ces deux thèmes.

            Revue de détails, forcément partielle et partiale.

.../...

Bien sûr, le phimosis est arrivé largement en premier de ce bref florilège : il se doit d'être‹‹ respecté ››, alors que pour d'autres il faut prévoir rapidement ‹‹ une consultation orthopédique, chirurgicale et anesthésique après accord parental ››

.../...

En ce qui concerne le leitmotiv de ‹‹ rassurer la mère ››, d'autres ont élargi le débat  puisqu'il fallait aussi ‹‹ rassurer le patient ›› (de 5 mois) et les parents auxquels on proposait, de fait, ‹‹ un soutien psychologique ›› dans la prise en charge de ce phimosis. Là où d'autres proposaient comme gage d'une réussite thérapeutique ‹‹ une présence parentale compétente ››.

.../...

... ‹‹ rassurer la mère ›› ce qui ‹‹ permet [entre autres] d'acquérir une immunité ›› ...

.../...

            Enfin on notera quelques informations importantes relatives à la petite enfance. L'enfant de cinq mois sus-cité se voit imposer le ‹‹ repos au lit ›› mais il ‹‹ lui était proposé des boissons fraîches à volonté ›› ou ‹‹ du thé non sucré à la demande ›› bien que l'on ait ‹‹ rarement la possibilité de faire pisser un enfant sur la bandelette ›› .../... Cet enfant de cinq mois peut aussi, à la vue des ces corrections, bénéficier ‹‹ d'une éviction scolaire ››, voire ‹‹  d'un arrêt de travail  ››, quand ce n'est pas la ‹‹ mise à l'écart de la fratrie ››.

.../...

            Si le lecteur peut sourire de ce florilège, le rire sarcastique des correcteurs témoigne plus de leur désarroi et de leur questionnement sur leur rôle d'enseignant. Ne peut-on pas faire autrement ? Les autres pays organisent-ils ce type de sélection ?

 .../...

Il serait bon de s'interroger sur les conséquences à long terme de ce formatage de la pensée - et de l'exercice - de nos futurs confrères/collègues."


Ça me fait doucement glousser comme toutes les coquilles de ce genre, et pour ceux qui veulent lire l'article en entier cliquer  

 

 

 

Rédigé par lechemindeparlà

Publié dans #sous le sabot d'un cheval

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Orchidée 15/09/2009 16:34

excellent article que cet édito, et excelent billet que le tien !le monde médical cherche à faire des médecins "bêtes de science" au détriment de la clinique ...après on classe le résultat des facs  http://www.ouest-france.fr/actu/actu_BN_-Bonnet-d-ane-pour-la-Faculte-de-medecine-_8618-1063773_actu.Htm---> est-ce la performance "médicale" ???

lechemindeparlà 15/09/2009 19:26



enfin, médecine n'est pas une voie facile.



Zorg 20/02/2009 20:41

Excellent ! L'article est excellent !
La photo me rappelle un examen que j'avais passé dans mes jeunes années. Le concours des ENSI je crois, dans un palais des congrès. Ca ressemblait à ça.